Commencée en 1965, l’histoire de
Pink Floyd trouve officiellement son point de départ en 1967. Composé de Syd Barrett au chant et à la guitare, de Roger Waters à la basse, de Rick Wright aux claviers et aux chœurs et de Nick
Mason à la batterie, le groupe ne cesse d’affirmer son influence grandissante au sein du milieu underground londonien. Encore amateur, Pink Floyd, dont le nom inventé par Barrett en 1966 trouve
son origine dans le patronyme de deux bluesmen américains quasi inconnus : Pink Anderson et Floyd Council. Le groupe débute au mois de janvier 1967 l’enregistrement de son premier single
Arnold Layne. Composé par Barrett comme la presque majorité des morceaux du groupe à l’époque, Arnold Layne fait l’objet à sa sortie le 11 mars d’une vive censure sur les radios
liée à ses paroles sans équivoque (la chanson parle en effet d'un travesti qui se procure des vêtements de femme en les volant). En mai, le groupe enregistre un nouveau single appelé See
Emily play (également appelé Games for May à cette époque) qui sort le 16 juin. Un troisième single paraît sous la pression de la maison de disques du groupe : intitulé
Apples and oranges, il sort le 18 novembre et est très mal accueilli par les critiques. Mais les membres de Pink Floyd se fichent pas mal de ce bide car ils viennent en effet de réaliser
une partie de leur rêve : sortir un album. Les quatre jeunes musiciens travaillaient dessus depuis février et celui-ci paraît le 5 août 1967. The piper at the gates of dawn
comprend onze morceaux dont dix composés par Syd Barrett. Tout comme sa pochette, l'album se veut d'un genre novateur et psychédélique. Les instruments sont variés et vont de la simple guitare à
l'orgue en passant par des flûtes. Les paroles sont fantaisistes et plongent l'auditeur dans un monde peuplé de créatures étranges (comme des gnomes et des épouvantails). Les références à la
science-fiction sont également nombreuses, en témoignent les titres Astronomy domine et Interstellar overdrive. L'album est un succès et se classe sixième des charts au
Royaume-Uni. Mais c'est surtout sur scène que Pink Floyd se forge sa réputation de groupe d'un genre nouveau et inclassable, le groupe multipliant les concerts au Royaume Uni du 5 janvier au 8
septembre. Les musiciens utilisent non seulement des effets de lumière et d'ombre impressionnants mais interprètent aussi leurs morceaux dans des versions parfois deux fois plus longues avec de
longs passages instrumentaux qui font planer la plupart des jeunes qui les écoutent. Il faut cependant préciser que si leur public se drogue beaucoup, ce n'est pas vraiment le cas des membres du
groupe, excepté de Syd Barrett, au bord d'être viré par le groupe en raison de ses problèmes de drogue. En effet, après une calamiteuse tournée américaine commencée le 30 octobre où Barrett,
rongé par le LSD, n’est plus que l’ombre de lui-même, il apparaît évident pour les autres membres que même s’il reste la force créatrice du groupe et son leader charismatique, il n’est plus en
mesure d’assurer seul ses parties de guitare en concert. Aussi, alors que l’année s’achève, Roger Waters, Nick Mason et Rick Wright se mettent-ils à la recherche d’un second guitariste.
Après avoir un temps envisagé de faire appel au très remarqué guitariste des Yardbirds, Jeff beck, un certain David Gilmour, 21 ans,
membre des Jokers’ Wild est officiellement intégré comme membre de Pink Floyd dès le mois de janvier 1968. Dans le même temps, il apparaît clairement que Syd ne dispose ni de l’énergie pour jouer
en concert ni de l’enthousiasme pour composer de nouvelles chansons. Son sort semble alors scellé. L’anecdote raconte qu’alors qu’ils se rendent à une séance de répétition, Waters, Mason,
Wright et Gilmour « oublient » un jour de venir chercher Barrett. Sans ménagement mais sans violence, Syd est donc évincé de "son" groupe. Pour la plupart des observateurs, aucun doute, Pink
Floyd sans Barrett est une coquille vide. Le groupe n’a plus aucun avenir. D’ailleurs, après avoir été irradiés par le charisme naturel de Syd, les autres membres se cherchent des talents de
compositeurs pour enregistrer, dans la douleur, leur second album : A saucerful of secrets. Cet album montre une rupture claire dans le style et les morceaux sont moins
psychédéliques sans être sans intérêt : au contraire, deux morceaux ressortent du lot parmi les sept composés. Set the controls for the heart of the sun, composé par Roger Waters (les
paroles sont néanmoins très inspirées de poèmes chinois écrits par Li Ho et Li Shang-Yin) et A saucerful of secrets, un morceau éponyme de douze minutes et scindé en quatre parties dont
la dernière appelée Celestial voices mêle des sons d'orgue à des choeurs. La contribution de Barrett est cette fois minime et se résume notamment au morceau Jugband blues. La
participation de David Gilmour est aussi réduite. Roger Waters et Rick Wright prennent ainsi en quelque sorte les rennes du groupe et composent quelques morceaux. Mais avec cet album, Pink Floyd
prouve surtout qu'il est capable de continuer à produire de bonnes chansons sans Syd Barrett, mais sans avoir non plus un style bien défini. 1969 va ainsi constituer un tournant(année rédigée par Atom Heart et Aurélien).