L'année 1969 sonne pour Pink Floyd comme une prise de
conscience et le début d'un changement radical dans leur manière de penser, de composer et de jouer. En effet, une fois Syd Barrett parti du groupe, le groupe perçoit bien qu'il doit absolument
se trouver une nouvelle âme et une ligne directrice pour continuer à exister : la presse ainsi que les fans ne cessent alors de s'interroger sur l'avenir d'un groupe pourtant si prometteur. Les
membres du groupe décident donc de perfectionner sensiblement leur matériel technique tout en arrêtant les light-show psychédéliques, afin de revenir à une sobriété qui permettra de mieux se
concentrer sur leur musique. Mais ils font surtout le choix d'arrêter de composer des chansons dans le style de celles de Barrett pour en créer de plus longues et de plus abouties. Pari gagné
puisque la presse prend vite au sérieux leurs ambitions et les concerts annoncés affichent complet plusieurs semaines à l'avance. C'est lors de leur concert du 14 avril 1969 au Royal Festival
Hall que Pink Floyd livre son nouveau visage, le concert étant structuré en deux pièces musicales de trente-cinq minutes. La première partie s'appelle alors "The Man" et évoque la journée typique
d'un anglais par des morceaux censés chacun raconter un instant précis de celle-ci : l'homme tout d'abord se réveille, part ensuite travailler, se repose un temps, fais l'amour, s'endort, fais un
cauchemar et se réveille à nouveau. La seconde partie appelée "The Journey" est plus abstraite puisqu'elle évoque un voyage dans des endroits peuplés de sons et de créatures étranges (certains y
verraient une représentation des limbes). Il se trouve également que les morceaux joués ici par le groupe ne l'ont jamais été auparavant, puisque beaucoup apparaîtront sur More ou
Ummagumma. Ils portent d'ailleurs un titre différent de celui que l'on connaît de nos jours, de manière à ce qu'ils puissent s'imbriquer parfaitement dans le concept :
Daybreak est en réalité Grandchester Meadows de Ummagumma, Nightmare est Cymbaline de More (The Man), The beginning
est Green is the colour de More, The pink jungle est Pow R Toc H de The piper at the gates of dawn (The Journey), et ainsi de suite. A
noter enfin que le groupe prend réellement le thé sur scène lors du morceau Tea time qui illustre ce rituel. Au même moment, le groupe reçoit une proposition du réalisateur Barbet
Schroeder qui leur demande de composer la musique de son prochain film intitulé More. Le groupe accepte avec enthousiasme ce projet qui leur paraît intéressant et s'aperçoit bien
vite qu'il jouit d'une grande liberté de s'exprimer. Il s'agit de suivre en musique l'atmosphère de chaque séquence du film. Celui-ci traitant des effets destructeurs des drogues dures chez deux
adolescents, les séquences sonores vont de simples chansons aux mélodies naïves et légères (Green is the colour), voire mélancoliques (Crying song), à des extraits de plus en
plus angoissants simulant les "bad trip" des deux protagonistes (Up the khyber ou Main theme). Cet album sorti le 27 juillet 1969 reste à part dans la discographie du groupe car
il marque une étape importante dans la recherche d'un nouveau style, s'agissant de leur première véritable bande originale de film.
Après quelques concerts au mois de septembre, Pink Floyd fait paraître le 25 octobre Ummagumma (il semblerait
que ce soit de l'argo désignant en français le terme vulgaire de "baiser"), un double album composé d'une partie live reprenant les classiques de l'époque (Astronomy domine, A Saucerful of
secrets, Set the controls for the heart of the sun et Careful with that axe Eugene) et d'une partie studio où chaque musicien expérimente en solo. Ce disque est ainsi divisé en
quatre parties, chacune regroupant les compositions d'un membre du groupe. Insipides pour certains, chefs d'oeuvre pour d'autres, ces morceaux ne laissent pas indifférent. C'est d'ailleurs à la
suite de cet album que Nick Mason allait prononcer une réplique qui resterait célèbre dans l'univers des fans et qui exprime à merveille la complémentarité des membres du groupe : Notre tout
vaut plus que la somme de nos individualités. Ce même 25 octobre, le groupe donne un concert qui reste également connu auprès des fans puisque Pink Floyd est accompagné ce soir-là par le
musicien Frank Zappa, dont on retient surtout une fabuleuse version du morceau Interstellar overdrive. L'année s'achève enfin par un concert à un festival de rock progressif le 6
décembre. Pink Floyd commence donc en cette fin d'année à explorer avec succès un nouvel univers mélodique, ce qui se confirmera les deux années suivantes avec Atom heart mother
et Meddle(année rédigée par Several Species et Aurélien).